Se mobiliser encore et encore, pour les jeunes ; pour l’esperanto comme LA langue européenne

Actualisations décembre 2019 :

Un avantage possible du Brexit que vous ne soupçonnez pas : la fin du charabia !

Le texte étant résevé aux abinné.e.s je voius en voici l’intégralité ci dessous :

Et si on s’entendait tous sur une nouvelle langue européenne? ((Ron Mader/Flickr))

Le « bye-bye » des Anglais nous laissera entre non-anglophones. Et si on en profitait pour utiliser entre nous une langue oubliée, humaniste et démocratique ?

Par François Reynaert

Publié le 13 décembre 2019 à 11h22

On sait aujourd’hui, avec la large victoire de Boris Johnson, que le Brexit devrait avoir lieu le 31 janvier. On sait aussi qu’il aura au moins une conséquence intéressante : il obligera l’Union européenne à remettre ses pendules linguistiques à l’heure. Jusqu’à présent, elle reconnaît vingt-quatre langues officielles (autant que celles proposées par chacun des vingt-huit Etats membres) et trois « langues de travail » – le français, l’allemand, et l’anglais. Ce qui fait, dans la réalité, que tout le monde à Bruxelles n’en parle qu’une : le globish, ce charabia qui est à la langue de Shakespeare et de la reine Elisabeth ce qu’une boîte de McNuggets est à un poulet.

En quoi s’imposerait-il encore, après le départ du Royaume-Uni ? En quoi serait-il toujours nécessaire à l’heure où l’Union cherche enfin à montrer son indépendance à l’égard des Etats-Unis ?

Langue pratique et neutre

Il resterait alors dans l’Union deux pays en partie anglophones, Malte et la République d’Irlande. Le premier a présenté comme langue officielle le maltais, le second le gaélique d’Irlande (appelé aussi l’irlandais). Faut-il donc imposer le retour à l’une des deux « langues de travail » restante ? L’allemand – parlé par le plus grand nombre de locuteurs ? Ça fera râler les francophones. Le français ? Ça fera râler ceux qui ne le parlent pas.

Combien d’humains descendent d’un viol ?

L’idéal serait de trouver une langue pratique et neutre, qui soit commune à tous. Historiquement, il y en eut une. Jusqu’au XVIe siècle – et même jusqu’au XVIIIe – le latin, langue de l’Eglise, mais aussi de la philosophie, puis de la science – a joué ce rôle. On peut toujours tenter de la remettre en vigueur. Six cas et cinq déclinaisons, sans compter les conjugaisons tordues et les trucs étranges dont le nom fait venir des souvenirs de souffrance ancienne (le supin I et le supin II), mais dont on n’arrive même plus à savoir à quoi il peut servir. « Fortes fortuna juvat ! » comme on disait chez ces gens. « La chance favorise ceux qui ont du courage. » Il en faudra beaucoup à ceux qui se lanceront dans la relatinisation de l’Europe !

Reste une autre possibilité : l’espéranto. Ça y est, j’entends les ricanements dans le fond de la classe. Les esprits forts se tapent sur les cuisses. Et les plus raffinés d’entre eux, pour achever une proposition qui leur semble grotesque, sortent leur arme fatale : la fameuse conférence de presse du général de Gaulle du 15 mai 1962.

La malédiction espéranto

Excédé, comme à son habitude, par les vilains européens qui osaient proposer une union renforcée au sein du « Marché commun », comme on disait, le Général se fait le défenseur de l’Europe des peuples – « la France avec ses Français, l’Allemagne avec ses Allemands… » etc., cite ses grands écrivains – Dante, Goethe, et Chateaubriand – et note qu’eux ont écrit dans leur langue propre, et non pas dans on ne sait quel « espéranto ou volapük intégré ! ».

Voilà, c’était cuit. La malédiction était lancée. Oser proposer l’espéranto en Europe, c’était pour de Gaulle rêver de cette construction technocratique qui tue les peuples et la littérature. A-t-on le droit, plus d’un demi-siècle plus tard, de souhaiter lever ce sort absurde ? A-t-on le droit d’écrire qu’il arrivait aussi au général de Gaulle, ce saint inattaquable, de dire des grosses bêtises ? Oui, l’espéranto pourrait remplacer le charabia !

Une histoire mondiale de la Chine ?

Le 15 décembre est une date importante pour les espérantistes du monde entier : ils commémorent l’anniversaire de naissance – en 1859 – de Louis Lazare Zamenhof, l’homme qui a inventé la langue qu’ils chérissent. Profitons donc de la proximité de cette petite fête pour redonner un peu d’espérance à l’espéranto, cette vieille idée qui pourrait en redevenir une neuve.

Zamenhof (1859-1917), donc, est né dans une famille juive à Bialystok, dans cette partie de la Pologne alors annexée par la Russie et déchirée par les tensions communautaires et linguistiques. Plein de gens se côtoient dans ce coin du monde – les paysans polonais, qui parlent polonais, les minorités allemandes, qui parlent allemands, les juifs, majoritairement yiddishophones et les Russes, qui écrasent tout le monde de leur occupation militaire et parlent leurs idiomes à eux – le russe pour la plupart, le français pour les aristocrates…

Le principe : être simple

Personne ne se comprend, et tout le monde se hait. En humaniste magnifique, Zamenhof, tout en poursuivant ses études de médecine (il deviendra ophtalmologiste), a donc l’idée qui permettra à tous de se parler plus pour se détester moins : il va créer une langue que chacun aura en partage.

Plaque apposée sur la rue Zamenhof à Valence

Plaque apposée sur la rue Zamenhof à Valence

L’idée était dans l’air. En 1880, un prêtre allemand invente le volapük – cité aussi par de Gaulle – mais il est complexe et tarabiscoté. En 1887, notre jeune Polonais crée un idiome dont le principe même est d’être simple. Un petit groupe de mots formés sur un mélange de racines latines, germaniques ou slaves, une grammaire en seize règles qui tiennent sur un recto verso, et pas d’exceptions. Il signe son opuscule « Dr Esperanto ». L’espéranto est né.

Il démarre fort – engouement, premiers disciples, premiers congrès – puis est étouffé par l’atroce flambée nationaliste qui caractérise le début du XXe siècle. Zamenhof s’éteint en 1917, désespéré par la guerre qui ravage le continent. Avec le retour de la paix, la création qu’il a donnée au monde reprend vigueur. Dans les années 1930, quelques pays non-occidentaux (comme la Chine) essaient de la faire entrer à la SDN (l’ancêtre de l’ONU) et n’y parviennent pas. Elle continue toutefois à attirer ses fans (on parle, sans pouvoir vérifier, de deux à trois millions de locuteurs) et aussi de préjugés toujours semblables. Tâchons au moins d’en étrangler deux.

1/ Une langue sans racine n’est pas une langue

Ce vieux présupposé nous a donc été reformulé par de Gaulle lui-même. Une langue, ce sont des racines, des poètes, des écrivains. Qui a dit le contraire ? Seulement ça, c’est le cas des langues vernaculaires (c’est-à-dire qui sont propres à un pays, à un groupe humain). L’espéranto ne cherche nullement à se substituer à elles, il ne prétend pas engendrer « la Divine Comédie » ou les « Mémoires d’outre-tombe » (encore qu’il peut en donner une traduction. Zamenhov en a donné de brillantes, de Molière, de Dickens et d’autres).

L’espéranto aspire à être une langue véhiculaire, de celles qui servent à l’intercompréhension entre les communautés humaines, qui permettent aux hommes de circuler dans le monde. En gros, reprocher à l’espéranto de ne pouvoir enfanter Chateaubriand est à peu près aussi malin que de reprocher aux panneaux de signalisation routière de ne pas avoir été peints par Picasso – en Espagne – ou Mondrian – aux Pays-Bas.

2/ Quel besoin a-t-on de cette langue véhiculaire là puisqu’on a l’anglais ?

Les hommes, pour voyager, ou se comprendre entre groupes, se sont toujours servis de langues véhiculaires. Parfois, elles sont issues de mélange. Entre les XVIe et XIXe siècles, dans les ports de la Méditerranée, par exemple, de Tripoli du Liban à Alger, et de Marseille à Constantinople, les marins, esclaves, portefaix chrétiens ou musulmans qui se côtoyaient, parlaient la lingua franca, appelée aussi sabir, un mélange de portugais, d’espagnol, de français, d’arabe, de grec, de turc, qui permettait de se comprendre. On pourrait s’en resservir aussi, mais hélas, faute d’avoir été écrite, cette langue s’est perdue.

Imperium américain

La plupart du temps, ces véhicules linguistiques sont le fruit d’une réalité politique. Si, avant l’arrivée des Espagnols, on parlait quechua dans les Andes, c’est que c’était la langue de l’Inca. Au XVIIIe siècle, l’Europe aristocratique parlait le français, par admiration pour la puissance du royaume laissé par Louis XIV. Demain, quand la Chine régnera sur la planète comme elle a l’intention de le faire, on parlera peut-être mandarin.

La veuve Winchester a-t-elle été rendue folle par les fantômes de son beau-père ?

A la domination du monde par le Royaume-Uni au XIXe siècle, a succédé, après la Seconde Guerre mondiale, l’imperium américain. La planète parle donc anglais, c’est le simple reflet d’une domination politique. Est-on vraiment obligé de s’y soumettre ? Ne peut-on, au moins par la langue qu’on utilise, la remettre en question ? Se rend-on bien compte de l’avantage qu’on donne à certains, quand on accepte d’utiliser leur langue plutôt qu’une autre ?

Pourquoi jusqu’à la fin des temps, quelques milliards de non-anglophones devraient-ils accepter d’apprendre patiemment une langue que M. Trump ou le patron de Google ont obtenue de naissance ? C’est l’Ancien Régime en version linguistique. Sur Terre, il y a les aristocrates, ceux qui sont nés du bon côté du dictionnaire, et le Tiers Etat, qui doit apprendre. L’immense grandeur de l’espéranto est qu’il demande à tous de faire des efforts et que ces efforts sont simples. Il est démocratique. Vive le 15 décembre ! Vive l’espéranto !

François Reynaert

Après l’Obs, France Inter réitère sur le même sujet … serat-ce le début d’une ouverture sur l’esperanto ? Avec, ou mieux (surtout) sans UE, l’esperanto reste une bonne idée pour parler le même langage sur le continent

La ville allemande de Herzberg am Harz est surnommée la ville de l'espéranto, en raison de l'engagement de son maire en faveur de cette langue internationale.
Inventé à la fin du XIXe siècle et parlé aujourd’hui par deux millions de personnes dans le monde, l’espéranto a trouvé sur le web un nouvel espace d’expression. Ses défenseurs misent également sur le Brexit pour relancer le débat sur la place de l’anglais au sein de l’UE.

Actualisations octobre 2019 :

Esperanto-Aktiv n° 105 – octobre 2019 :
L’esperanto, une langue vivante, complète et active ! 2 articles extraits de ce numéro
1/ Le calendrier 2019-2020
2 / Esperanto et culture
3/ Citations en faveur de l’esperanto
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Vous souhaitez en savoir plus sur l’initiateur de l’espéranto ?
Lisez Vivo de Zamenhof d’Edmond Privat !
Ce petit ouvrage, édité pour la première fois en 1920, n’est pas une simple biographie. C’est avant tout un vibrant hommage à l’homme, sa pensée et son œuvre dans sa globalité.

L’espéranto, une langue pour sauver l’Europe !

Soyons clair, il ne s’agit pas de sauver l’UE ! Lisez cet article, il est tellement évident que seule une vraie langue internationale ( donc pas celle d’un pays) peut l’être vraiment.

Article d’origine : se mobiliser pour les jeunes

L’Espéranto, langue officielle de l’Union européenne, maintenant !

L'Espéranto, langue officielle de l'Union européenne, maintenant !

Un des principes fondateurs de l’Union européenne est l’égalité des langues et des cultures. Avec 24 langues officielles, ce principe est difficilement respectable. Et aujourd’hui c’est l’anglais qui est favorisé par rapport aux autres langues. L’anglais est par exemple la seule langue de travail de la Banque Centrale Européenne. Les Européens ne parlant pas l’anglais sont défavorisés par rapport aux autres. Choisissons l’espéranto, une langue facile à apprendre et équitable, comme langue de l’UE, afin de mettre sur un pied d’égalité les peuples européens. De plus, avoir une même langue en Europe permettrait un débat européen où toutes les nations pourraient se comprendre pour une Europe plus démocratique. En outre, d’après le rapport Grin, favoriser l’apprentissage de l’espéranto permettrait d’économiser, par rapport à la situation actuelle, 25 milliards d’euros par an à l’Europe, car l’espéranto est 5 à 10 fois plus facile à apprendre que les autres langues.

en prime, petite vidéo – plaidoyer pour l’adoption du l’esperanto en Europe :

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