Le conte, pour rester en vie !

Actualisation septembre 2020 : un mini conte d’actualité !!!

Un chef de caravane en plein milieu du désert croisa sur sa route le nuage de la peste. – Où vas-tu comme ça, lui demanda le chef ? – A Bagdad ! J’ai mille vies à prendre, lui répondit la peste sans s’arrêter ! Quelques semaines plus tard, le chef de la caravane croisa à nouveau le nuage de la peste. – Dis-donc, lui lança le chef caravanier, je reviens de Bagdad ! Ce n’est pas mille mais dix milles personnes que tu as emportées ! – Moi je n’ai tué que mille personnes comme il me l’a été ordonné, rétorqua la peste! Les autres sont mortes de peur! (conte soufi du 12 siècle)Moins

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Actualisation début août 2020 :

Approcher l’art du conte en compagnie d’Henri Gougaud du 24 au 28 août 2020 prochain en virtuel sur Zoom

La crise sanitaire nous contraint à annuler le beau stage que nous avions prévu de mener fin août dans les Hautes Corbières, au Domaine du Bouchard.
Henri Gougaud ne renonce pas pour autant à partager ses secrets avec les amoureux du conte, qu’ils soient débutants ou chevronnés. C’est donc sur Zoom, en virtuel, que nous vous proposons de nous rencontrer. Nous mettrons tout en oeuvre pour que cette nouvelle aventure soit féconde. Nous expérimenterons une façon différente d’être en « présence ». Cette contrainte nous fera peut-être découvrir de nouveaux chemins pour cultiver l’art de la relation, la base-même de l’art de conter et paradoxalement, nous aidera sans doute à entrer en plus grande intimité avec nous-mêmes et avec les autres.

Pratiquement:

Les rencontres auront lieu sur Zoom chaque jour, du lundi 24 au vendredi 28 août de 10h à 12h et de 14h à 17h ( avec une pause à 15h30).
Vous recevrez un lien sur lequel il vous suffira de cliquer pour rejoindre la salle virtuelle. Martine Tollet, la collaboratrice d’Henri Gougaud, vous accueillera et vous communiquera les quelques consignes de base si vous n’êtes pas familier de cet outil simple et intuitif. 

Comme en présentiel, Henri Gougaud partagera pas à pas son enseignement et répondra à vos questions. Chacune et chacun aura l’occasion de raconter et recevra un retour sur ses essais. Il y aura des temps d’échange et nous veillerons à leur fluidité.

Il n’est pas nécessaire de posséder un compte Zoom et de télécharger une application pour participer à une réunion à laquelle vous êtes invité. Nous vous recommandons cependant de veiller à ce que votre ordinateur tourne avec une version à jour et que vos caméra et micro fonctionnent.

Le prix de ce stage est de 500 €

Inscrivez-vous auprès de Martine Tollet : martine.tollet@mac.com

téléphone 06 17 80 74 51 le matin de 10h à 13h

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Actualisation fin juin 2020 : une histoire contemporaine …

Actualisation juin 2020 : 2 extraits de l’Almanach d’Henri Gougaud

” Le sculpteur se fit apporter, sur la grand’place du village, un gros roc informe et compact. C’était le premier jour d’été. Les enfants, alentour, jouaient. Quelques-uns partaient en vacances. Passa juillet. Vers la mi-août, la fille de l’institutrice (elle avait à peu près dix ans) revint de chez ses grand-parents après un bon mois de montagne. Le sculpteur avait, tout ce temps, travaillé presque jour et nuit. Il était content de son œuvre. Du roc était né un cheval, luisant et noir, fier, magnifique. L’enfant, à peine descendue de son autobus, sur la place, resta plantée, l’air ébahi. L’artiste lui vint à côté, désigna l’ouvrage et lui dit : Je l’ai fini hier. Il te plait ? – Il est beau, lui répondit-elle. Mais autre chose m’époustoufle. Comment donc pouvais-tu savoir, quand tu as vu ce gros caillou, qu’il y avait un cheval dedans ? ”

Chers descendants, chers montants,

” Il est dit que Zeus créa, avant la nôtre, une première humanité. Mais il n’aima pas ces premiers hommes. Ils étaient stupides, brutaux. Il ordonna donc aux nuées de se déployer sur leurs têtes. Aussitôt dans le ciel un oiseau de malheur ouvrit ses grandes ailes noires. La pluie s’abattit sur la terre. Le déluge fut tel que tout fut englouti, êtres vivants, forêts et villes. Le monde bientôt ne fut plus qu’un océan sans rivage. Seule se dressait encore hors des flots la cime du mont Parnasse. Zeus alors se pencha au bord du ciel pour contempler son œuvre, et que vit-il ? Une barque sur les vagues, et sur cette barque un homme, une femme, Deucalion, fils de Prométhée et Pyrrha, son épouse, les derniers vivants de l’humanité. Le dieu des dieux, pris de pitié, chassa du ciel les nuées noires. Deucalion et Pyrrha abordèrent sur le sommet du mont Parnasse. Et comme les eaux se retiraient : « Descendez vers la vallée et jetez derrière vous les ossements de votre grand-mère », leur dit une voix d’outre-ciel. Que signifiait cet ordre bizarre ? Tous deux cherchèrent. Myrrha trouva. « Notre grand-mère est la Terre, dit-elle. Ses ossements sont les cailloux ».
Ils s’en furent vers la vallée en jetant par-dessus l’épaule toutes les pierres ramassées. Celles lancées par Deucalion se changèrent en hommes, celles lancées par Pyrrha se changèrent en femmes. Ainsi naquirent nos ancêtres, ainsi fut fait un monde neuf. “

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Actualisation du 7 mai 2020 : 2 pensées d’Henri Gougaud, et un super éloge des contes et des conteur.se.s

  • La jouissance n’est pas de posséder ce que l’on veut, mais d’être ce que l’on désire, au plus profond de soi. (Le fils de l’ogre)
  • La gratitude est un donné pour un reçu. Un échange non point hasardeux, mais conscient. De n’importe quelle façon nous devons remercier pour ce qui nous est donné, sinon nous sommes en état de dette permanente. Ce n’est pas que ce soit mauvais, c’est simplement dommage, parce que la gratitude mène à la relation. Et dans la relation, il n’y a plus d’indifférence. Nous donnons, nous recevons, nous participons à la respiration du monde. “ (Les sept plumes de l’aigle)
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Chers amis des contes et des conteurs, Voilà, de la part de l’Ancêtre :


” La parole venait d’éclore. Et dans la parole était l’homme. Et dans l’homme était la parole.

Je fus le premier à sourire, à dresser l’index devant mon nez, à dire à mes enfants, auprès d’un feu de grotte : “N’ayez crainte, petits, le soleil reviendra. Ne vous lamentez plus sur sa disparition. Il m’a dit le pourquoi du voyage nocturne. Ecoutez. Soyez sages”. Et j’ai raconté une histoire, la première de toutes. Une histoire pour tenir la mort en respect, pour aider à franchir les ténèbres.

Plus tard, beaucoup plus tard, je fus aède, en Grèce. Je fus de ceux qui ont inventé le sens du monde et le Déluge, l’histoire de Chronos, de Zeux, d’Eros et de Psyché, des humains héroïques, Prométhée, Héraklès, Thésée, Oedipe, Ariane, et Dédale, et Sysiphe. Aède, c’est ainsi qu’on nommait, en ce temps, ceux qui faisaient bouillir les marmites de paroles. Nous étions des gens de ruelles, des poussiéreux, des presque rien. Parmi les chiens, les ânes, les enfants haillonneux, nous avons dit nos vérités et nos fables prodigieuses longtemps avant qu’elles ne soient écrites. Des palais nous n’avons connu que les cuisines et les étables. Nous étions négligeables, et c’était bien ainsi. Notre maison à nous, c’était l’âme des êtres.

J’ai côtoyé Homère et Jésus et Bouddha, conteurs de mystères insolubles. J’ai partagé le pain des prophètes du bord des routes et des sages immobiles. Je fus le berger Peul qui défricha les douze clairières du conte de Koumen, je fus le barde errant père du roi Arthur, je fus Yunus Emré qui peupla le désert de chants parfaits. Partout où fut chantée la musique du coeur du monde, devant trois voyageurs dans une auberge obscure, sous l’arbre de la place devant vingt villageois, j’étais là, non point seul, mais en foule. Mille ancêtres étaient là aussi, invisibles, contents. Ma famille.

Humble famille, non par goût, mais par miracle. Les puissants ont édifié des citadelles, des gouvernements, des Eglises. Nous avons épousé l’impalpable. Nous n’avons cessé de chanter, sous l’arche des arcs de triomphe et dans les champs de ruines, les mêmes chants. Notre souci n’était pas la grandeur du prince, c’était la mine chiffonnée de l’enfant qui ne parvenait pas à s’endormir parce qu’il avait peur des ténèbres, ce n’était pas l’or des épaulettes, c’était la main tendue de l’aveugle sur le chemin de l’infini, ce n’était pas l’ordre, c’était la flamme de la chandelle dans le coeur des gens, ici-bas.

Et aujourd’hui, aujourd’hui que tout rutile, braille et se hisse au pinacle, éclate, se défait et nous vire la tête en tous sens, comme ils paraissent dérisoires, les vieux conteurs qui nous ont dit ce qu’ils savaient ! Comme ils sont méprisables auprès des grands acteurs des scènes mirifiques ! Comme ils sont minuscules !

Quelle lignée pourtant est plus essentielle que la nôtre, plus ancienne, plus magnifiquement pourvue ? Ceux qui ont inventé Thésée, Ariane, Oedipe étaient de pauvres hères. Qu’ont fait Alexandre et César de plus durable ? Allons-nous nous laisser aveugler par les feux d’artifices, nous qui parlons aux vraies étoiles ? Qu’avons-nous à faire des prestiges de l’heure, nous qui sommes des fleuves immémoriaux ?

On ne mesure pas l’importance d’une parole au bruit qu’elle fait mais à ce qu’elle éveille. Soyons fiers de n’être pas assourdissants. Nous sommes gens de vie, plus que gens du monde. Plus vaste que tous les mondes est la vie. “
 (Henri Gougaud)

Actualisation du 1er mai 2020

” Je vois une grande différence entre conscience et lucidité. La conscience mène à la grâce, la lucidité à l’angoisse. Je suis lucide : je vois l’extrême précarité de ma condition terrestre. Je plonge dans une angoisse de tous les instants.Je suis conscient : je vois la précarité de ma condition, mais mon être perçoit un parfum, une allégresse (c’est difficile à exprimer, il faut en faire l’expérience), bref quelque chose qui me pousse à faire confiance. A qui ? La réponse n’est pas obligatoire. On peut se mettre en “ état de confiance “ comme on se met en “ état amoureux ”. Volontairement. “

Actualisation 22 avril 2020 :

La Fontaine remis au goût du jour sur une chaîne belge.
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La pensée du jour d’Henri Gougaud

” Le petit-fils d’un grand ami du Baal Shem Tov, maître saint et fondateur du hassidisme, affirmait qu’une histoire devait être contée, pour qu’elle fasse du bien, avec tout son corps, tout son être. Et pour illustrer son propos, il advint qu’il confie ceci à quelques compagnons d’étude :- Mon aïeul n’avait plus l’usage de ses jambes. Or, un jour, on l’interrogea sur les pratiques de son maître. Il répondit alors que le Baal Shem Tov, quand il se mettait à prier, sautillait et dansait sur place. Et comme, pris d’amour, il s’escrimait à dire exactement comment ce grand homme faisait, il se dressa soudain et se mit à danser. Il avait oublié que ses jambes étaient mortes. Il fut ainsi guéri.Eh bien, c’est ainsi, mes amis, qu’il faut apprendre à raconter ! ”

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Petite discussion entre l’Univers et le virus, à méditer.

Philippe Desbrosse

 – Univers, Pourquoi me mettre dans le pangolin ?- Cet animal, Corona, est en voie d’extinction. Et pourtant les hommes continuent de le braconner et de le manger… Ce sera la 1ère étape de ma leçon. – D’accord Univers. Pourquoi tu veux que ça commence en Chine ?- La Chine est le symbole de la mondialisation et de la production de masse petit. Ce pays est surpeuplé, il produit en masse et pollue en masse… – C’est vrai Univers… Mais en même temps c’est parce que les autres pays y ont un intérêt financier aussi non ?- Oui petit c’est pour cela que ta mission va être de te répandre partout dans le monde, et principalement dans tous les pays concernés par ce système, l’Europe, les US, les pays producteurs de pétrole… – Quelle forme vas tu me donner Univers ?- Celle d’un virus qui va principalement infecter les voies respiratoires.  Lire la suite

Chers humains dans vos jardins, entre vos murs, seuls ou à plusieurs, …

“La pensée va faire sa pause printannière pour soigner ses bourgeons”.

… une dernière pensée bien nourrissante qu’Henri Gougaud nous transmet en citant Christiane Singer :

« Persévérer à chercher davantage la saveur que le savoir,
le balbutiement que la rhétorique satisfaite.
Persévérer en ces temps de fer à faire crédit à ce qui est fragile,
à ce qui vacille, à ce qui fait faillite.
Persévérer à avoir foi en chaque homme,
à préférer être déçu dix fois
plutôt qu’hostile une seule fois.
Persévérer à n’investir que dans le sable qui coule entre les doigts
et dans les espérances non cotées en bourse.
Persévérer à croire que l’instinct primordial en chaque homme
est la vénération et que c’est la répression de ce désir
qui rend haineux et fou.
Persévérer à voir Dieu partout. Entre les lignes des slogans,
dans les caniveaux des villes et sur les murs des banlieues,
à l’entendre dans le braillement des haut- parleurs,
dans le crissement des freins et dans le frrrrrt…d’un oiseau envolé.
Persévérer à préférer que la raison me quitte plutôt que l’espoir.
Et l’espoir plutôt que l’amour*.
Persévérer.
Pour que la gangrène de l’indifférence ne se propage pas. »

(* Si je peux me permettre, j’aurai plutôt dit “…Et l’amour plutôt que l’espoir” … question de point de vue : s’il y a de l’amour il n’y a plus besoin d’espoir ! ) …

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Actualisation 3 avril 2020 :

” Si l’on représentait chaque mois de l’année par un symbole comestible, avril serait un œuf. Je t’ai parlé de lui dès le premier jour du printemps. Donc, je redis : l’œuf, partout dans le monde, signifie naissance, vie nouvelle, résurrection. Or, sache que jusqu’au XVI° siècle, l’an nouveau commençait en avril. En avril renaissait le monde. Il y a quatre-cents ans, le pape Grégoire XIII en décida autrement et intronisa janvier. Mais l’œuf était planté dans l’esprit du peuple, et il y resta. Il y voisinait cependant avec le poisson. Et me voici amené à ouvrir ici une parenthèse. Il faut que je te dise, si tu l’ignores, l’origine de la coutume farceuse du poisson d’avril.
Le poisson était (est encore) symbole de fécondité masculine. L’œuf, ce ventre de très pure forme, étant l’image de la maternité, ne t’étonne pas que les deux aient été mis ensemble pour signifier, en langage magique, la floraison du printemps nouveau. On offrait donc des poissons avec des œufs pour célébrer le premier avril, jour de l’an. Grégoire XIII et son premier janvier mirent simplement la coutume « sens dessus dessous », si l’on peut dire. On continua d’offrir des poissons, mais par dérision, pour se moquer des distraits et des simples qui ne parvenaient pas à se faire au nouvel ordre des choses. Ainsi le poisson tomba d’emblème de fécondité en décoration de sottise. Les symboles aussi connaissent parfois de cruelles décadences. “

(Henri Gougaud, L’Almanach)

En fait, au IIe siècle avant JC l’année débutait au 1er janvier. De l’Antiquité au Moyen-Âge des calendriers ont co-existé et n’étaient parfois plus du tout en concordance avec les saisons, c’est pourquoi le temps a été recadré plusieurs fois au cours de notre histoire.
Le printemps avec ses montées de sève est la saison de la fécondité, à cette période on pêche en abondance le maquereau, un poisson gras, et parce qu’on appelle du même nom les entremetteurs d’amour illicite, les dictionnaires du XVIe siècle définissent le poisson d’avril comme “un messager d’amour qui exerce l’infâme métier de débaucher les personnes du sexe”.
Au Moyen-Âge jusqu’à des temps plus laïques, on se devait de respecter le carême, période pas très rigolote symbolisée par une Vieille austère et son poisson maigre tandis que le joufflu Bonhomme Carnaval était associé au cochon bien gras avec son cortège de boudins et de saucisses. Il n’était pas non plus permis de rire jusqu’à Pâques. Or les abstinences et les interdits étaient brièvement suspendus à la mi-carême. Ce jour-là “on fendait la Vieille, on la sciait en deux”, et pour rire en douce on accrochait des dessins de scie ou de poisson dans le dos des vieilles gens…

Signé, un certain Mourka

une rose du Jardin d’Eden ….

La rose

” La rose
ne cherchait pas l’aurore :
Presqu’éternelle sur sa tige
elle cherchait autre chose.

La rose
ne cherchait ni science ni ombre :
Confins de chair et de rêve
elle cherchait autre chose

La rose
ne cherchait pas la rose :
Immobile dans le ciel
elle cherchait autre chose ! “

(Casida de la rosa, Federico García Lorca – Poème autobiographique, écrit un an avant l’exécution (l’assassinat) de Garcia Lorca par les milices franquistes)

Je suis

” Je suis.
Parvenir à faire en sorte que le verbe être devienne intransitif.
Dire « je suis » comme on dirait « il pleut ».
L’ignorance philosophique commence peut-être à l’impossibilité de trouver un qualificatif à « je suis ».
Se rendre compte qu’un qualificatif, quel qu’il soit, ne saurait être que partiel par rapport à l’état d’être.
La philosophie finit à l’épuisement des qualificatifs.
Là commence la mystique, l’exploration de mystère de l’être.
Je suis. ”
(Henri G.) 

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” L’attendait-elle ? Non, elle n’attendait personne. Quand le fils du sultan la vit dans le désert où il poursuivait des gazelles elle se tenait debout auprès d’un rocher blanc, et elle était si belle qu’il ne put chevaucher plus loin. Il la salua, elle non. Il la hissa sur sa monture. Sans rien dire elle se laissa faire. Il l’amena dans son palais, la fit nourrir, soigner, vêtir (sa robe n’était que poussière). Il la rejoignit dans sa chambre et ne put que s’agenouiller. Elle était la femme rêvée, mille fois approchée en songe, mille fois fuyante au réveil. Elle accepta de l’épouser.
Après un an elle eut un fils. Le prince lui offrit deux bracelets d’argent.
– J’aurais préféré, lui dit-elle, une grappe de raisins mûrs.
Après une nouvelle année leur vinrent un deuxième enfant. L’époux offrit à l’accouchée un collier d’ivoire et d’or fin.
– J’aurais préféré, lui dit-elle, une coupe de fruits mouillés.
Quand naquit leur troisième fils, elle se détourna du diamant posé près d’elle sur le drap.
– J’aurais préféré, mon ami, une simple gourde d’eau fraîche.
– Ma femme, quel malheur te tient ? Je t’offre des merveilles et que veux-tu ? Des riens !
– Tu sauras tout demain, répondit son épouse.
A l’aube ils s’en furent au désert. Par une brèche de rocher ils descendirent sous la terre.
Là était une vaste salle débordante de coffres d’or. Au fond étaient quatre squelettes vêtus de lourds et beaux habits.
– Voici ma famille, dit-elle. Ici fut une haute ville dont mon père était le sultan. Vois sa prodigieuse richesse. Hélas, un vent de sauterelles a ravagé nos champs, nos vignes, et tout le monde est mort de faim sur des fortunes inutiles. Je sais maintenant ce que sont les seuls véritables trésors. Toi, tu n’en saurais jamais rien. Va, laisse-moi à mon désert.
Il s’en fut, elle demeura seule, et le conte finit ici. “

(Henri Gougaud)

Article d’origine

Pour commencer, un petit conte magnifique qui nous fait découvrir tant le conteur que le conte

 (ses pensées du jour sont un elixir de jouvence nous invitant à l’essentiel de nous mêmes) 
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Dans un tout autre style, un autre conteur que les bretons apprécieront particulièrement …

notamment quand il se met à chanter :

et pour finir aujoud’hui, retour sur une célèbre nouvelle de Jan Giono qui ressemble à s’y méprendre à un conte ..

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